Depuis quelques années, une nouvelle tribu de consommateurs a fait son apparition sur le net, les « radins ». Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, « ils utilisent notamment Internet pour réaliser des économies et dépenser malin. »
En période de crise économique et de baisse du pouvoir d’achat, le nombre de sites consacrés à la comparaison de prix, aux échantillons et produits gratuits, aux réductions ou aux astuces pour économiser a en effet explosé.
Certains d’entre eux comme CadeauxGratuits.net ou LesRadins sont visités chaque mois par plusieurs milliers de « radins » qui postent sur les forums, échangent leurs bons plans et traquent leurs économies.
Mais ce qui n’était au départ qu’un mouvement de débrouille et d’entraide issu d’Internet et de la culture du gratuit a très vite été récupéré. Par les médias d’abord, par le marketing et la publicité aujourd’hui.
Ainsi, le site d’achat-vente PriceMinister en a fait son slogan : « Devenez radins! ». L’enseigne de grande distribution E. Leclerc s’affiche aux côtés des consommateurs avec le site quiestlemoinscher.com et le blog Ecotidien. TF1 (Combien ça Coute?) et M6 (Capital, Zone Interdite) proposent régulièrement des émissions consacrées au « système D » et aux économies.
Dernier avatar de ce « marketing radin », Mailorama, qui avait annoncé une distribution d’argent dans les rues de Paris avant de l’annuler pour raisons de sécurité. Pour faire la promotion de son site Mailorama.fr, la société de droit belge Rentabiliweb voulait faire distribuer des pochettes contenant de l’argent par des hôtesses circulant dans un autobus découvert aux couleurs de la marque. «Cinq mille bourses contenant chacune un tract et un billet de banque», d’une valeur comprise entre 5 et 500 euros, seront distribués aux Parisiens «sans aucune contrepartie», avait indiqué fin octobre Stéphane Boukris, responsable de l’opération.
Cette opération laissera pourtant un goût amer. Loin des idéaux de partage et d’entraide « radins », Mailorama a surfé sur la misère des gens en temps de crise. Faire miroiter de « l’argent gratuit » à des milliers de personnes pour s’assurer un gros buzz était déjà quelque chose de gênant. Tout annuler ensuite est juste… écoeurant. Après le marketing des radins, Mailorama a inventé le marketing de la misère.
